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21 août 2026

Les dialogues de la diagonale : paroles en l’air de rien

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Le texte :


Nous retrouvons nos trois personnages, le Sage sans nom et les deux journalistes, pour un nouvel échange.
Avertissement : nous relayons loyalement les dires du Sage sans nom, mais nous lui laissons l’entière responsabilité de ses propos !

Le sage sans nom : Ah ! Les troupes sont au complet aujourd’hui ? Personne ne manque à l’appel ?

Le journaliste : Ça bouge dans nos plaines. Nous voulons recueillir votre avis !

Le sage sans nom : Mon avis ? Franchement, je peine à vous croire !

La journaliste : Et vous avez bien raison. Votre avis ne lui fait ni chaud, ni froid. Ce qu’il veut pouvoir rapporter, c’est ce que disent et pensent les hommes de votre génération.

Le sage sans nom : Préparer des dénonciations ?

La journaliste : Le cas échéant. Un journaliste qui ne dénonce pas suffisamment finit par perdre son agrément. C’est ainsi.

Le sage sans nom : Vous-même, vous dénoncez ?

La journaliste : Cela ne m’est pas nécessaire, je ne suis pas agrée. J’ai voulu l’être, j’ai produit beaucoup d’efforts à cette intention. Et puis, un jour, je me suis rendu compte que je pouvais survivre, disons vivoter, sans l’agrément magique. Et vivoter, cela me convenait finalement assez bien. J’ai choisi de prolonger comme cela. Choisi, est-ce le mot juste ? Bien sûr que non. Il vaudrait mieux dire « s’arranger ». Je me suis arrangée, comme tant de personnes aujourd’hui. Bon ! Les fins de mois sont souvent difficiles. Mais au moins, je ne dénonce pas.

Le sage sans nom : Je vois, je vois. Par quoi commençons-nous ?

Le journaliste : Commençons par le commencement : le président, en chute libre…

Le sage sans nom : Stop !

Le journaliste : Je ne comprends pas !

Le sage sans nom : On peut dire tout le mal, ou d’ailleurs tout le bien qu’on voudra de l’homme qui nous gouverne. Ce n’est pas le sujet. En dire du mal (ou d’ailleurs du bien), seulement une impasse.

Le journaliste : Une impasse ?

Le sage sans nom : Bien sûr, une impasse : cela pourrait donner à penser qu’un homme serait coupable de quoi que ce soit, avec ce sous-entendu, particulièrement dangereux : il suffirait de changer l’homme pour changer le destin. Changer l’homme, parfaitement inutile. Ce n’est pas l’homme qu’il faut changer, c’est le système. Ce que le système a produit une fois, il ne pourra manquer de le reproduire à l’identique.
En fait non, il fera mieux, en fait pire.

Le journaliste : Comment cela ?

Le sage sans nom : La loi de progression des organisations parasites. Une organisation parasite ne cesse jamais de progresser, ni en nombre ni en efficacité. Plus d’acteurs, plus d’efficacité, c’est plus de malheur pour les personnes qui ont à subir l’autorité de ladite organisation. Par exemple, certains nous serinent que le Pouvoir dépenserait sans compter : pour ceci, pour cela, à tout va, hors budget, on distribue, comme des petits pains, ici des millions, là, des milliards. Tout cela est bien vrai, mais le problème n’est pas l’homme qui distribue, mais que rien ni personne ne soit en mesure de dire non, mieux, que rien ni personne ne montre même la plus petite velléité de s’y opposer, de quelque manière que ce soit. Mettez à la place de celui à qui l’on a abandonné le pouvoir de distribuer un autre avec le même pouvoir de distribution, un peu plus, un peu moins, la distribution continuera sans réel changement.

Le journaliste : Je devine : vous allez en revenir à votre marotte, celle des États qui seraient la source de tous les malheurs ; et vous continuez de ne pas entendre qu’aucune collectivité ne peut faire l’économie de dirigeants ! Des hommes qui se dévouent pour le bien commun, la protection de tous, à commencer des plus faibles.

Le sage sans nom : Une race de saints ou de héros, en dehors de toute réalité. Des hommes qui n’existent tout simplement pas dans la « vraie vie ». Dans la vraie vie, les dirigeants sont comme les autres hommes. Ils se soucient d’abord d’eux-mêmes, puis de leurs proches, puis de leurs amis. En dernier, viennent parfois leurs affiliés, mais ce n’est même pas une généralité. Par nature, ils n’ont pas d’amis parmi les gens « ordinaires », les « gens du peuple ». Le plus souvent, ils n’en ont jamais eu. Les gens du peuple, les héros des religions « Young Leader » (French-American Foundation) ou « Young Global Leaders (YGL) » (Klaus Schwab au sein du Forum économique mondial) ne se contentent pas de les mépriser, c’est bien plus fort, ils les ont en horreur. Ce qui de vous à moi est parfaitement leur droit. Les imbéciles, ce ne sont pas ces « élites » qui méprisent le peuple, mais ce même peuple qui attend bouche ouverte et conviction démocratique enracinée, soutien et protection de personnes qui sont très exactement les moins à même de leur assurer quoi que ce soit qui ressemble à du soutien ou de la protection.

Le journaliste : Que voulez-vous dire ?

Le sage sans nom : Figurez-vous que j’ai une illustration toute prête à votre disposition. Vous-même, venez de le signaler, les équipes au pouvoir dépensent sans compter ; avec ce sous-entendu, ces gens dépensent sans compter, parce qu’ils ne savent pas compter. Accusation complètement stupide. On peut imaginer toutes les incompétences que l’on voudra à ces dirigeants, mais certainement pas celle de ne pas savoir compter.

Le journaliste : En ce cas, comment comprendre ?

Le sage sans nom : On peut avancer plusieurs explications, et il y a peut-être plusieurs explications qui se combinent entre elles. À titre d’exemple, celle-ci. Plus de dette, d’une manière ou d’une autre, directement ou par voie de conséquence, c’est aussi plus d’Europe. Mieux encore, c’est fermer la porte à tout velléité de sortie d’Europe, ce souhait-promesse de souverainistes : ces derniers oublient d’expliquer que pour quitter l’Europe, il ne faudrait pas seulement commencer par au moins deux années de procédure, il faudrait surtout rembourser nos dettes ! Ce qui est désormais certainement hors de portée !

La journaliste :
Donc selon vous, notre endettement galopant n’est nullement incompétence, mais une sorte de projet machiavélique visant à nous ancrer définitivement au sein de l’Union !

Le sage sans nom : Je vous laisse le choix du vocabulaire. Mais je me répète, au risque de devenir ennuyeux : au contraire, de ce que vous pensez, et de ce qui se pense, en général, les dirigeants comptent pour très peu dans les décisions qui sont prises par un gouvernement. Les exemples abondent, y compris dans l’histoire, la plus contemporaine : par exemple, les Israéliens ont liquidé le guide suprême de l’État iranien, et avec lui, plus de 40 hauts dirigeants. Échec total : politique étrangère, politique intérieure, en Iran, rien n’a changé, absolument rien. Je pourrais multiplier les illustrations. Ajoutons à cela, le cas particulier des pays européens. Dans ces pays, des parlements font semblant de voter des lois, des conseils font semblant de les amender, des présidents font semblant de gouverner. Tout cela, il faut bien le reconnaître, c’est seulement pour amuser ce qu’on appelle « le bon peuple » et procurer des sinécures à toute une population de comédiens, président, ministres, députés, sénateurs, hauts fonctionnaires, et que sais-je encore, certains excellents, d’autres, presque désespérants de nullité, mais seulement des sinécures, car désormais, et depuis longtemps, en fait, plus rien ne se décide de sérieux au sein des états européens, la vérité est que c’est Bruxelles, qui décide de tout, depuis la décision d’engager nos pays dans une guerre nucléaire, jusqu’à la manière dont nous devons fermer nos bouteilles d’eau minérale… Ce qui est absolument déconcertant, c’est que la simagrée fonctionne. Un exemple ? Le Conseil constitutionnel français vient de censurer l’article de la loi visant à interdire aux mineurs de moins de 15 ans l’accès aux réseaux sociaux. Tout le cheptel souverainiste de triompher ! Le Conseil censure le gouvernement ! Pourtant, il ne s’agit que d’une mascarade : l’Europe a, très officiellement, en préparation, son propre texte sur le même sujet. Avec une différence essentielle, ce que l’Europe aura décidé, les états auront obligation de l’appliquer, sans la moindre possibilité d’amendement. Pas grave, défendent les souverainistes, il suffira de quitter l’Union européenne. Ce qui, nous l’avons vu, est, au choix, une rodomontade, ou une imposture… Et franchement, mes amis, que dire de plus ?

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