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Le texte :
À qui appartient la vie ? Quelles sont les limites du pouvoir de l’état ? Face à la vie, la mort, la conscience individuelle ?
Notre jeune journaliste vient interroger le vieux sage sur sa montagne.

— Vous voilà toute seule ? J’espère que votre collègue n’est pas malade ? Ou peut-être a-t-il craint la chaleur du moment ?
— Non, c’est votre dernière hypothèse la bonne !
— Vous avez donc été la plus courageuse ?
— J’ai seulement fait preuve de plus d’anticipation ! Si la chaleur est en effet presque intenable en bas, j’espérais bien trouver la fraîcheur sur vos hauteurs. Et pour tout vous dire, je reste enchantée de ne pas m’être trompée. Il fait un temps délicieux ici.
— À mon tour d’être enchanté que cela vous convienne ! Alors, dites-moi, quelles sont les nouvelles du front ?
— Pour commencer, tout donne à penser que la proposition de loi dite de « l’aide à mourir » sera adoptée dans les jours qui viennent.
— Oui, j’ai vu cela. Et vous, qu’en pensez-vous ?
— Il me semble que c’est un progrès sociétal, n’est-ce pas aussi votre sentiment ?
— Pourquoi trouvez-vous qu’il s’agisse d’un progrès ?
— Cela permettra, par exemple, de limiter les souffrances des personnes condamnées par la maladie et pour lesquelles les traitements sont devenus inutiles et inefficaces. N’est-ce pas aussi votre avis ?
— Mon avis ? J’hésite à vous le donner, mais bon, vous avez fait toute cette route, je vous dois bien cela. Et pour ce point précis que vous venez d’évoquer, je ne vois pas bien ce que les individus auront à gagner à ce que l’État et ses agents se mêlent de leurs affaires privées.
— Que voulez-vous dire ?
— Atténuer les souffrances des personnes condamnées, croyez-moi, de tout temps, les sociétés n’ont jamais eu besoin de quelque loi que ce soit pour agir, comme il convenait de le faire le moment venu. Cela se passait beaucoup plus simplement que vous ne pouvez l’imaginer, dans le cadre familial et le respect, et plus, l’amour des personnes.
— Vous avez sans doute raison, mais c’est tout de même mieux qu’on ait une loi pour encadrer ces moments difficiles, n’est-ce pas ?
— Une loi, nous en avions déjà une, depuis au moins dix ans : la loi Claeys-Leonetti. Maladie incurable : interdiction de l’acharnement thérapeutique, accès à la sédation profonde et continue jusqu’au décès.
— Dix ans, il était peut-être nécessaire de donner de nouveaux droits aux individus ?
— Mon souci est que le droit des individus ne soit que le maquillage de nouveaux pouvoirs donnés aux états. Et à lire ce qui paraît ici ou là sur ce sujet, je ne suis pas le seul à me poser ces questions.
— Mais encore ?

— Il y a au moins deux mille ans qu’une réponse formelle à ce genre de questions nous a été donné : « Il faut rendre à César, ce qui est à César et à Dieu, ce qui est à Dieu. » Mon opinion profonde, puisque vous insistez est celle-ci : aucun état n’a jamais donné la vie à personne, aucun état n’a à connaître quoi que ce soit de ce qui a été donné par Dieu.
— C’est là l’opinion d’une personne croyante !
— Nul besoin de croire en Dieu pour se forger son jugement à propos des états… Une loi pour donner à l’état le pouvoir de décider à ma place de quand je serai fatigué de vivre, ne me rassure pas du tout. L’état ne sait par réchauffer l’air quand il est trop froid, ou le refroidir s’il est trop chaud, mais il s’arroge le droit de décider souverainement ce qui est le mieux pour moi, vivre ou mourir, un progrès, vraiment ? Croire ou ne pas croire en Dieu ? Ce qui est sûr, c’est que pour ce qui me concerne, je me méfie moins de Dieu… que de l’état !
3 juillet 2026

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