Vous préférez écouter ? Découvrez l’audio !
Le texte :
Les forces de l’ordre ont investi la ferme, dans laquelle Méline et Paul avaient trouvé refuge. Paul est à l’abri dans la montagne, mais Méline doit être conduite de force dans l’hôpital. Elle a gagné un peu de temps en menaçant de se précipiter du haut de la falaise. Joseph assure sa protection, mais les policiers doivent recevoir des renforts. Joseph, parviendra-t-il à sauver Méline ?
Sourd ou non, il semble bien que Joseph ait parfaitement compris ce qui se trame : d’un mouvement lent, mais ferme, de son fusil, il montre la porte aux quatre hommes. Méline vacillante et le fusil pointé dans leur direction ont raison des hésitations des hommes de l’état ; ils sortent rapidement.

Aussitôt, Joseph pousse la porte et se précipite vers Méline, qu’il rattrape au bord de la chute. La jeune femme chancelante lui murmure :
— Je suis fatiguée, Joseph. Si fatiguée. Je veux Paul. Allez le chercher, Joseph. Mais peut-être est-ce trop dangereux pour vous, pour lui. Peut-être qu’avec votre aide, je pourrais plutôt le rejoindre dans la montagne. Après la tombée de la nuit, par exemple ?
— Oui, nous allons faire quelque chose comme cela. Mais pour le moment, reprenez des forces, reposez-vous, dormez si vous le pouvez.

Il dépose la jeune femme doucement sur son lit ; Paul avait vu juste, ni sourd, ni muet, juste un rôle, une sorte de rôle. Méline ne peut penser plus. Épuisée, elle s’endort aussitôt.
Joseph gagne le coin de la chambre le plus proche de la salle commune. Maintenant, le concernant, Méline sait. Mais cela n’a plus d’importance. Une pierre du mur se laisse déplacer facilement. En collant l’oreille à l’endroit de la pierre déplacée, on entend tout ce qui se passe dans la grande salle, aussi bien que si l’on y était.
Il reconnaît la voix calme et ferme de Kacie.

— Nous voilà tous menottés à nos sièges, comme des criminels, Monsieur l’homme de l’état ! N’est-ce pas excessif ?
— Les autorités en décideront ; mais dans l’attente, vous êtes ici un nid de réfractaires, de délinquants, de forcenés, qui menacent les autorités avec des fusils de chasse.
— Des fusils de chasse ? Un seul dans la ferme. Normalement attaché au-dessus de la cheminée. Avec en dessous une boîte de cartouches. Le fusil n’est plus à sa place, mais d’ici, je vois que la boîte n’a pas bougé. C’est une boîte neuve, elle n’a pas été déballée. Le fusil, où qu’il soit, n’est donc pas chargé !

— Ben voyons ! Nous vérifierons. Quelqu’un a-t-il un permis de port d’arme ici ?
— Oui, oui. Moi pour commencer. Mais aussi Joseph, ainsi que notre berger.
— Un fusil, pour tirer quoi ? Les forces de l’ordre, cela, nous le savons désormais. Mais encore les loups, ou peut-être les rodeurs. Interdit tout autant qu’illégal pour les uns et les autres.

— Nous améliorons parfois l’ordinaire en tirant quelque gibier, pendant la période de chasse.
— En attendant, ce qui est certain, c’est que vous gardez une personne certainement gravement malade, et qui sait, peut-être contagieuse. La place de cette personne est dans un hôpital d’état, qui seul sera en mesure de décider de l’opportunité ou non de prolonger des soins. En soustrayant cette personne au contrôle obligatoire de la médecine officielle, vous bafouez l’autorité administrative, ce qui est insupportable.

— Parlant ainsi, Monsieur, vous m’imaginez un pouvoir que je n’ai pas du tout : celui de décider de l’avenir de Méline. Si Méline veut vous accompagner, je ne la retiens pas, bien sûr. Mais si elle s’y refuse, je ne peux pas la chasser de chez moi !
— Si, vous le pouvez, mieux, vous le devez ! Sans oublier le comportement de votre homme de main, qui prétend traiter les forces de l’état comme du gibier ! Authentique forcené ! Inacceptable ! Nous sommes tout de même dans un état de droit ! Nous allons recevoir des renforts et l’aide d’un hélicoptère, l’ordre sera bientôt rétabli, ici comme partout sur le territoire de la République et dans l’attente, vous êtes en état d’arrestation.

Nul besoin pour Joseph d’en entendre plus ; situation de guerre, une fois encore ! Une dernière fois ? Il faudrait fuir. Fuir avec Méline, récupérer Paul, courir jusqu’à la frontière. Le chemin que tous croient mortel ou disparu. Une fois sur le chemin, personne ne sera en mesure de les suivre. On pourra les viser comme des lapins, mais pas les rattraper. Le problème, pas le chemin, le problème, se sortir d’ici. L’hélicoptère déposera des hommes sur la terrasse, Méline et lui pris au piège. Un, peut-être même deux hommes armés, guettant derrière la porte. Attendre la nuit, tenter de les surprendre ; fracasser les crânes avec la crosse, ou briser les nuques, mais pourra-t-il réussir cela, oui, certainement, mais sans éveiller l’attention des autres ? Beaucoup moins certain. Mais surtout, peut-on attendre la nuit ? À ce moment, il lui semble deviner, plutôt qu’entendre, un sourd ronronnement dans le lointain. L’ennemi sera là d’un moment à l’autre, tout est perdu, trop tard, il est trop tard.

Prochain épisode : et maintenant ? Tout semble perdu, en effet ! À moins d’un miracle ?

Sur la route des myosotis
De Michel Georgel
En savoir plus sur ce roman, se le procurer version brochée ou numérique :
https://librairie.audreco.com/book/sur-la-route-des-myosositis
Autres romans de l’auteur :

0 commentaires