Sur la route des myosotis, nouvel extrait !
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Le texte :
En fuite
Paul a décidé de prendre la fuite, avec Méline. Il y va de sa sécurité personnelle, mais là n’est pas l’essentiel. Méline est malade, et le risque pour elle est une euthanasie déguisée en traitement palliatif. Mais pourront-ils gagner un lieu sûr sans se faire repérer ?

— Est-ce que tu dors ?
— Je ne sais pas. Je ne crois pas. Comment savoir ? Et toi, tu conduis depuis si longtemps, n’es-tu pas fatigué ? Ne crains-tu pas de t’endormir ?
— Pour l’instant, cela va. Je n’ai pas du tout sommeil.
— Pourquoi ne pas s’arrêter ? Au moins quelques instants. Tu aurais le temps de récupérer. Au moins un peu.
— Tant que je le peux, je veux mettre le plus distance possible entre eux et nous.

— Ils vont moins vite que nous ?
— Ils cherchent. Ils nous cherchent. Ils perdent du temps. Nous fuyons, nous ne nous soucions que de la route. Nous sommes plus rapides.
— Pourquoi fuyons-nous ?
— Tu le sais, tu le sais bien !
— Non. Enfin oui, mais j’oublie tout le temps. Rappelle-moi !

— Toi, tu ne fuis pas, tu m’accompagnes, c’est tout. C’est moi qui fuis.
— Tu fuis ?
— Je fuis. Je les fuis.

— Oui, je me souviens, je me souviens. Et s’ils te reprennent, ils te remettent en prison. À l’isolement. Ou en hôpital psychiatrique. Isolement toujours. C’est devenu leur mode aujourd’hui. Tu ne penses pas comme il faut, tu ne penses pas comme eux, c’est que tu es malade. S’ils te prennent, tu as certes beaucoup à craindre. Mais s’ils te prennent, plus personne pour s’occuper de moi. Pour toi comme pour moi, il ne faut pas qu’ils te prennent. Pour toi, comme pour moi, mieux vaut mourir tous les deux.

Paul ne répond rien. La vérité n’est pas ce que croit Méline. Parmi ses poursuivants, il y en a peut-être qui veulent le reprendre pour une condamnation. Ce ne sont pas les pires. Les pires, ce sont les autres ; ceux-là ne voudront pas le prendre, mais le liquider. Épargneraient-ils Méline ? Rien de moins sûr. Mais sauf malchance, Méline et lui ont maintenant beaucoup d’avance, ils ne devraient plus être rattrapés.
— Comment te sens-tu ?
— Je ne sais pas. Et cela n’a plus tellement d’importance. Et puis, je vais te dire, j’adore être en voiture avec toi ; tu conduis très bien, et très agréable. Quand tu conduis, tu peux m’emmener au bout du monde, et même plus loin, si tu veux.
— Repose-toi, dors si tu peux !

— Oui, oui ! Mais toi, fais attention, nous sommes dans un champ de myosotis, prends garde de ne pas écraser les myosotis, cela ne nous porterait pas bonheur ! Tu le sais bien, pourtant : pour aller loin, il faut éviter d’écraser les myosotis.

Pas de myosotis sur leur route. Sur les bords ? Pas plus. Du moins pour ce que lui disent les phares de la voiture. La respiration à ses côtés est redevenue douce et régulière, la respiration d’une dormeuse. Il continue de piloter, seul sans être seul, dans la nuit dont on devine vaguement qu’elle s’épuisera bientôt, déjà trahie par une légère traînée blanchâtre du côté de l’est.
— Nous ne sommes plus très loin. Devrions y être avant qu’il ne fasse complètement jour. Ce qui serait le mieux. Il a pensé à voix basse, pour lui, pour lui seul. La fatigue, peut-être. Il sent les cernes sous les yeux. Il a repris quelques forces, mais il reste marqué par son internement.
Il ne s’endormira pas. Parce qu’il n’en a pas le droit. C’est ainsi.
Ils arriveront peut-être avant le lever du jour. Ce serait mieux qu’ils arrivent avant le lever du jour.

Plus ils vont, plus la pente s’accuse. Les virages se succèdent, de plus en plus serrés. La voiture grimpe la côte avec vaillance. L’essence ? Oui, assez d’essence, au moins pour arriver jusqu’à la ferme. Et à la ferme, il le sait, toujours de l’essence en réserve.
— Les myosotis, tu ne fais pas attention ! Tu vas les écraser !
Elle a parlé, mais sans réellement ouvrir les yeux. Est-ce qu’elle rêve ? Est-ce qu’elle souffre moins quand elle rêve ?
— Non, je ne dors pas. J’ai trop dormi, je n’ai plus sommeil. Ne t’inquiète pas. Et pour les myosotis, ne t’inquiète pas non plus. Je sais bien que tu fais ce que tu peux, et si tu en écrases, ce n’est pas ta faute, il y en a trop et tu ne le fais pas exprès.
Toujours sans ouvrir les yeux. Est-ce qu’il s’est trompé de route ? D’histoire ? De vie ? Ou seulement de cauchemar ?

Sur la route des myosotis
De Michel Georgel
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https://librairie.audreco.com/book/sur-la-route-des-myosositis
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S’il y a bien quelque chose qui égale votre talent d’écrivain,
c’est sans nul doute votre talent de récitant :
vous savez lire à voix haute-
exercice fort difficile, qui diffère de l’art de jouer la comédie
(à tel point que certains artistes dramatiques ne font pas toujours de très bons lecteurs,
sauf exceptions notables comme Pierre Fresnay ou Fernandel).
Quant à la situation dans laquelle se trouve votre personnage de Méline,
elle pourrait être aussi (sous certains aspects), celle dans laquelle se trouve
ma mère malade et immobilisée (dont je m’occupe nuit et jour depuis douze ans),
à la suite de graves erreurs médicales commises par des praticiens incompétents
et « couvertes » à dessein par d’autres confrères un peu trop… « solidaires » des fautifs, en la
circonstance !!!
Aussi, je suis à ma manière un « Paul » qui ne prend pas la fuite, mais qui veille à tout en
demeurant sur place (donc, en résumé, et selon une formule paradoxale, une sorte de
« gêneur indispensable »).
AVEC TOUTE MA SYMPATHIE ET MES ENCOURAGEMENTS !
ET VIVE « FEU MONSIEUR GASTON G »., QUE LA 17e CHAMBRE NOUS INTERDIT
TOUJOURS DE NOMMER !!!
Merci d’avoir partagé votre histoire personnelle de gêneur indispensable. Merci aussi pour ce rappel à mon grand-père… Amitiés !